Affaire Seïf Boulazreg : deux nouveaux témoins contredisent la version « officielle »

Que s’est-il vraiment passé le dimanche 24 juillet, à la sortie de la boîte de nuit « le QG » ? Pour le Procureur de la République et le chef des flics du Doubs, les choses sont simples : il s’agit d’un tragique accident, point barre. Malgré les doutes et la pression populaire qui montent, le portrait d’un client refoulé devenu agressif demeure chez les officiels comme dans la presse. Un récit qui initie l’altercation, la poursuite et la mort d’un jeune homme. Mais cette thèse, elle tient sur les déclarations d’une personne : le patron de l’établissement, ex-policier. Lequel est désormais remis en cause par deux témoins. .
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Chronique d’une nuit agitée.
Pour ces noctambules, l’histoire relayée par certaines officines de presse ne correspond en rien à la réalité qu’ils ont constaté. C’est pourquoi ils ont décidé de sortir du silence, en couplant leur parole par des attestations écrites destinées aux Autorités. Les deux affirment qu’ils quittent alors l’établissement « le QG », en cette matinée du dimanche 24 juillet. L’un regagne son véhicule, l’autre file en direction de son domicile. C’est à ce moment là qu’ils assistent à « l’altercation » entre Seïf et le taulier de la boîte, cette scène brossée comme une véritable agression (pour le contexte, relire notre article).

« Seïf, il s’est présenté à l’entrée principale avec ses copains vers 03h30. Mais lui, il s’est fait recalé. Il a retoqué à la porte, avec insistance. Cependant la décision fut maintenue, il est donc resté dehors. Il a alors repoussé une caméra avec sa main, qui s’est désorientée. C’est à ce moment là que M., responsable de la sécu., s’est approché. Il lui a demandé de déguerpir, avec un de ses amis. Mais le patron a débarqué, furieux et muni d’une gazeuse-extincteur. Il lui a intimé l’ordre de rester sur place en attendant la police, car d’après lui il avait dégradé le dispositif. Le gamin a ensuite paniqué… » indiquent-ils.

Que penser alors des premières allégations livrées dans les médias mainstreams ? « À aucun moment, je n’ai perçu Seïf comme agressif ou menaçant. Le seul dans cet état, bah c’était le boss. Je ne cherche pas à excuser une connerie, s’il avait fauté je l’aurais assumé sans complexe. Mais moi ce que j’ai vu, c’est qu’il a foutu une pauvre tape sur cette cam’ genre pour dire “eh oh j’suis là.” Elle n’a pas été “démolie” comme j’ai pu le lire peu après, elle s’est juste retournée. Pas plus, pas moins. Qu’un professionnel s’énerve pour si peu et déboule armé face à un mino, c’était donc abusé » motive l’un d’eux.
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Aperçu de la devanture du « QG » à Besançon – capture d’écran Google Street View..

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Un ancien de la BAC mis en cause.
C’est alors que Seïf aurait pris la fuite, décontenancé par l’idée d’être confronté aux forces de police. Pourquoi une telle crainte ? « Il est né en Algérie, sa situation sur place n’était pas définitive. Toutefois il travaillait dur et n’a jamais fait parlé de lui, n’avait pas un mot plus haut que l’autre. Mais sur le moment il a du être complètement effrayé de terminer dans un charter, l’actualité récente nous démontre que c’est un vrai sujet » analyse un proche. Il est en tout cas poursuivi et traqué par ce même patron, « toujours avec sa bombe lacrymogène, qui faisait au moins vingt centimètres » précisent nos témoins.

Concernant le dirigeant en question, les contributeurs sont affirmatifs sur son identité. Il s’agirait d’un ancien membre des « Brigades Anti-Criminalités » (BAC), décrit comme « partisan de méthodes musclées » par des sources. Cet individu aurait été mis en cause dans plusieurs dossiers de violences policières, jusqu’à son départ ou plutôt son « éviction » de la Gare-d’Eau. Autre problème : sa déposition sur les faits du 24 juillet. Alors que l’ex-flic déclarerait avoir arrêté de pourchasser Seïf peu après la passerelle de Mazagran, ses confessions initiales le placent faubourg Tarragnoz. À deux pas du drame…

La finalité de la soirée, c’est l’arrivé des uniformes puis la mort de Seïf. Un accident, s’accrochent le Procureur de la République Étienne Manteau et le DDSP du Doubs Yves Cellier. Sur la chasse à l’homme ayant conduit à ce résultat, silence radio. L’Est Républicain, leur meilleur communiquant, sans surprise, s’est empressé de répandre cette prose, jusqu’à jeter une attaque laborieuse contre ceux qui oseraient s’interroger. Devenir la simple caisse de résonance d’un tenancier juge et partie, en caressant policiers et magistrats dans le sens du poil, n’est pas, en effet, notre conception du journalisme.
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Affiche de la marche blanche, prévue ce samedi 30 juillet à Besançon.

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À Besançon, la mobilisation s’organise.
Comme nous le révélions dans notre précédent article, la famille a décidé de déposer plainte pour « homicide involontaire. » Bien accompagnée depuis vendredi, le pénaliste renommé Arié Alimi ayant pris le dossier. La procédure vise expressément d’abord le gérant, dont le comportement est jugé blâmable. Alors que la Municipalité a réagit, une marche blanche pour la « Vérité et Justice » aura lieu ce samedi 30 juillet… avec un départ fixé à 17h00 place Pasteur, jusqu’aux lieux du sinistre à Tarragnoz. Les affiches appelant à l’événement recouvrent la ville, surtout aux Clairs-Soleils, à Planoise et Battant.

Dans le quartier où vivait Seïf, l’émotion est encore très vive chez les voisins et habitants. « On reste abasourdi par ce qu’il s’est passé. Mais nous ne lâcherons rien, jusqu’à que les responsables soient inquiétés » assène un riverain. Même refrain dans le vieux-centre, où le jeune homme officiait en tant que livreur indépendant. « Je suis dégoûté. C’était un bon gars. Samedi dernier, il était encore là pour une course. Quelques heures après, il est mort brutalement. Il faut que nous nous fassions entendre, que cela n’arrive plus. Samedi, je serai évidemment là » abonde un commerçant de la rue d’Arènes.

Tee-shirts ciglés, banderoles, pancartes, ont été confectionnés, alors qu’une pétition en ligne vient d’être lancée. La boîte de nuit « le QG » est aussi directement visée, l’idée de rassemblements nocturnes émergeant. Avec l’aval d’une partie de la population : « Cela fait des années que nous nous plaignons de cet établissement, mais ni la Mairie ni le Préfet ne bougent. Cette affaire démontre s’il le fallait les excès qui s’y déroulent, et que nous subissons au quotidien. La tragédie permettra peut-être une prise de conscience, balayant les collusions et passe-droits » s’exclame une citoyenne du côté de Mazagran.
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