En Bourgogne/Franche-Comté, deux visions féministes du 25 novembre

Avec un total d’environ six-cent manifestant.e.s, les cortèges de Besançon – le 20 novembre – et de Dijon – le 27 novembre – ont modestement mobilisés. Les militant.e.s présent.e.s. restent néanmoins plus que jamais déterminé.e.s à lutter contre toutes les formes de violences sexistes et sexuelles, quatre ans après la vague #MeToo. Ielles dénonçaient particulièrement le manque de réactivité des pouvoirs publics, dont l’engagement et les résultats sont jugés encore beaucoup trop timorés et/ou problématiques. Mais si la convergence est donc absolue pour mener à bien cette cause salutaire, il existe également d’importantes disparités conceptuelles et pratiques entre les deux métropoles. Sociologie des participant.e.s, modalités organisationnelles du mouvement, et place des minorités, en sont des aperçus. Simples contrastes, ou véritables oppositions de fond ?
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Quand institutionnel et populaire se cherchent.

15h00 promenade Chamars à Besançon, ielles sont autour de trois-cent à se masser près de la statue dédiée à Henriette de Crans. Un nom qui était encore inconnu jusqu’à ce jour, porté par une anonyme qui n’aspirait pas à la postérité. Condamnée à périr sur le bûcher pour « sorcellerie » en avril 1434, le sort de cette comtoise illustre localement la vague de persécutions fortement misogynes qui allait s’abattre jusqu’au XVIIIe siècle. Françoise Secrétain (Besançon, 1598), Adrienne d’Heur (Montbéliard, 1646), Claudine Burgeard (Clerval, 1656), en sont autant d’autres exemples, parmi les huit-cent supplicié.e.s recensé.e.s dans la région. Une œuvre notamment commentée puis inaugurée par Anne-Valérie Dupond, sculptrice, Anne Vignot, première femme maire de la ville, Brigitte Rochelandet, historienne, et Aline Chassagne, adjointe à la culture.

La Majorité affiche d’ailleurs sa volonté de poursuivre cette figuration des invisibles dans l’espace public, Colette et Jenny d’Héricourt étant ainsi pressenties pour de futures rééditions. Une initiative unanimement appréciée, qui se voulait d’ailleurs un moteur de la traditionnelle marche contre les violences sexuelles et sexistes à suivre en cette après-midi du 20 novembre. Une annexe dont l’édile s’est toutefois dissociée un peu maladroitement, annonçant au micro que « cette seconde partie de la journée ne concernait aucunement la Municipalité. » Une phrase à la tonalité surprenante, pour la représentante d’une institution partenaire décisive. Sur le départ peu avant 16h00, le cortège a déambulé dans les rues du centre historique. Pancartes et slogans se sont affirmés au fil du trajet, « fièr.e.s, vénères, et révolutionnaires » étant particulièrement repris par les participant.e.s.
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Élu.e.s, militant.e.s., et citoyen.ne.s, se sont retrouvé.e.s au parc Chamars de Besançon afin d’inaugurer une statue dédiée à Henriette de Crans, première femme exécutée pour sorcellerie dans la région.

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Plusieurs dizaines d’associations, de collectifs, et de cercles affinitaires organisaient l’événement.

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Dijon, un modèle alternatif ?

 

Les reproches à l’encontre des Autorités furent massives, accusées d’entretenir encore aujourd’hui une absence coupable de considération sur ces questions à travers la prise en charge des victimes, les taux de poursuites et de condamnations des agresseurs, ou les positions gouvernementales à fortiori depuis les affaires Darmanin et Hulot. Personnes trans’ et travailleur.se.s du sexe (TDS) était finalement présent.e.s et visibles, après bien des interrogations soulevées face à un réel sentiment de marginalisation vécu par ces communautés. Mea-culpa, discussions, et rapprochements, ont été parfois engagés entre divers.e.s militant.e.s, permettant de résorber, au moins en partie, les antagonismes. Appels et prises de parole ont été revus en conséquence, comprenant plus franchement ces luttes dans le calendrier. Mais pour beaucoup, le compte n’y est toujours pas.

En effet comparativement la capitale des Ducs est apparue singulière, fixant la mobilisation au 27 novembre et assumant une ambiance inclusive et révoltée. Refus de coalition avec des organismes officiels, choix de ne pas déclarer la manifestation, intégration de collages « sauvages », large concentration de jeunes et de minorités, pluralité ostensible des idées et des revendications, dénonciation des TERF, SWERF, et féminationalistes si la fréquentation a été similaire à Besançon une semaine plus tôt, sociologies et positions ont tranchées. Après le succès de la marche des Fiertés le 25 septembre, cet ADN inflexible a convaincu une vingtaine de bisontin.e.s TDS et LGBTQIAP+ de faire le déplacement… en ne manquant pas de relever l’écart avec leur cité d’origine, puis de conclure publiquement « qu’ielles ne s’y laisseront plus ostraciser en 2022. »
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À Dijon, les pancartes étaient explicites : transphobie, rejet des TDS, et racisme n’avaient pas leur place.

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La manifestation, non-déclarée, s’est achevée place du Théâtre, par diverses prises de parole.

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