Le virus politique

Le virus politique

Le virus tue, et le capitaliste l’aide bien. Au sein du système actuel, le virus devient politique. car le capitalisme est aussi un virus. On a donc affaire à un virus dans un virus ? Une mise en abîme de virus ? Bon, avant de crier au saut en conclusion, analysons un peu la situation…

L’heure des comptes (Et pas L’heure des pros !)

Confinement, acte 2. « Contre toute attente » nous revoilà confinés. Mais cet acte a un goût différent du premier, celui de l’amertume. Fini le consentement absolu des citoyens, fini les applaudissements aux fenêtres à 20h en soutien aux soignants, l’heure est à l’urgence politique : celle de réclamer du flouze pour l’hôpital public.

C’est également l’heure de demander des comptes à nos dirigeants, même si, une fois n’est pas coutume, il est fort probable qu’ils filent à l’anglaise. Alors oui, on entend déjà les “vous n’auriez pas fait mieux à leur place”… mais justement, leur place, on a pas envie d’y être car leur pouvoir est illégitime, effrité et même en passe de devenir autoritaire… Et par-dessus le marché, les règles de la V° République ne nous plaisent pas de ouf. Bref.

N’ayant aucune légitimité scientifique pour avancer des arguments et des théories épidémiologistes sur le virus, nous nous contenterons ici d’apporter notre point de vue sur la gestion politique de la crise. Voyez donc ça comme une discussion de bistrot autour d’une pinte de mousse. Car oui, si choper le coronavirus est naturel, en mourir est en bonne partie le fruit de décisions politiques à courts et à moyens termes. Et pour vous vendre la mèche tout de suite : en mourir est sans doute un symptôme du capitalisme.

Avant de développer le pourquoi du comment, un petit mot pour celles et ceux qui refusent de politiser le virus : raouste schnell. La dépolitisation a toujours fait le jeu de puissants, ceux qui ont intérêt à “transformer l’histoire en nature” comme disait Roland Barthes. Alors si vos études de médecine ou de droit ont bel et bien invisibilisé les sciences sociales, tant pis pour vous. Nous préférons une approche multidisciplinaire et complexe. Voyons pourquoi…

Le quarantième échec des politiques néolibérales

Toute l’Europe est touchée (“Toute ? Noooonn, une poignée résiste encore et …”) mais le nombre de morts est quand même sacrément disparate. Et pourtant, contrairement à Tchernobyl (si si), le/la Covid ne s’arrête pas aux frontières. Mais alors Jamy, qu’est-ce qui change d’un pays à l’autre ? Et bien la politique mon Fredo ! [effet spécial et bruitage]


En effet, si l’on meurt davantage du coronavirus c’est dans bien des cas la faute à un système immunitaire défaillant, à une mauvaise santé, ou simplement que les soignants ont dû faire un choix entre deux urgences. On voit ici tout l’échec moral de la situation, mais la responsabilité ne repose pas sur les soignant.e.s dépassé.e.s, ces “fonctionnaires qui servent à rien, ces infirmières à 1000 euros” dirait avec provocation Saez. Big up les amis. Concernant le système immunitaire, pas sûr que les politiques sanitaires de prévention contre l’obésité, le tabagisme, l’alcoolisme et la malbouffe aient été efficaces. 

Nope! Ce n’est ni la faute à Voltaire, ni la faute à Rousseau et son contrat social bientôt déchiré par le macronisme en roue libre depuis maintenant plus de deux ans. Elle est évidemment à chercher du côté de celles et ceux qui ont fait de l’hôpital public une entreprise recherchant la rentabilité et faisant passer le bénéfice avant l’humain. Et revoilà Madame Bachelot qui, après avoir acté l’esprit entrepreneurial des CHU va continuer sa folle croisade contre le bien commun du côté du ministère de la Culture.


La faute est effectivement dans les mains des instigateurs de l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM), de la tarification à l’acte (T2A) et de la perte de milliers de lits en quelques années – 70 000 en 15 ans, record olympique -. Le confinement ne sert pas à éviter la mort des gens par infection, il permet d’éviter qu’ils meurent à l’hôpital (celui-là même que les politiques libérales ont scarifié). Vous vous souvenez de la courbe d’Olivier Véran aka le prof de stats chiants ? Et si, sur ce graphique, le problème n’était pas la courbe du virus, mais celui du plafond de verre des lits disponibles à l’hôpital et en réanimation ?

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Ajoutons à cela la piètre reconnaissance économique donnée aux soignants et l’hypocrisie de la récompense symbolique que Macron leur a filée à la fin du premier confinement… Pas certain que cela les motive à gérer les désastres humains provoqués par les politiques sanitaires délirantes manag’mentales ! Mais de toutes les manières, ces héros et héroïnes du quotidien – oui, il serait enfin de bon ton de constater le rôle primordial qu’on eu les femmes durant cette crise – continueront de soigner, de soutenir; de panser les plaies physiques et morales des nécessiteux, malgré le dépérissement scandaleux de leurs conditions de travail…

La haine du commun

Les politiques libérales menées depuis les années 80 défoncent l’ensemble des services publics qui ont fait et font la fierté du pays. L’hôpital est en première ligne oui, mais sur fond de lutte des classes. C’est l’ensemble des biens communs – héritages de la Résistance – qui en pâtissent : communications, écoles, énergies, transports, sécurité, etc. D’ailleurs, pour parachever la bâtardise de ce gouvernement de technocrates, la gratuité des urgences c’est fini l’ami : maintenant c’est 18 balles pour te remboîter la clavicule. Bah oui, les gens, pour désengorger les urgences, pas besoin de mettre les moyens humains, financiers et matériels, il suffit de mettre une barrière financiere et le problème est réglé… Merci LREM !

Mais alors à qui profite le covid ? Au capitalisme de la surveillance, sans doute. La société de contrôle n’a jamais été aussi forte. Même un état d’urgence sur le plan terroriste ne produit pas cet effet. L’ennemi terroriste, le « loup solitaire » est sournois certes, mais le coronavirus a quant à lui le pouvoir d’être invisible. Donc il est potentiellement vraiment partout. Face à ce constat, la disciplinarisation (mot compte double) des corps est à son paroxysme (mot compte triple). Port du masque, désinfection des patounes, distanciation d’un mètre (ou d’un maître, ça dépend) : le corps est contraint. Si il y a un an nous regardions bizarrement les touristes asiatiques masqués, aujourd’hui ce sont nos concitoyens non-masqués qui se font foudroyés du regard dans le tram ou le métro, entre République et Nation. Nous sommes devenus nos propres censeurs en faisant le travail de la police, et gratos en plus : c’est l’endocontrôle de l’ami-chel Foucault, qui a le dernier mot.

L’appli “Stop Covid” aka “Tous anti machin” en est la plus sale des illustrations : qui aurait accepté cette merde il y a un an ? Pas Jérémie Zimmerman ni Eric Sadin en tout cas. Toujours est-il que le contrôle se durcit petit à petit, et quand nous nous retournerons, il sera trop tard pour rattraper nos acquis perdus. Qui troque sa liberté contre sa sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finira par perdre les deux, comme dit l’autre.

Le complot du macronavirus existe-t-il ?

Faut-il crier au complot ? La tentation est grande. Et elle n’est pas absurde puisque les théories du complot prennent racines dans la perte de confiance envers le pouvoir politique, envers les industries médiatiques aussi. Bref, le capitalisme crée du complotisme, si bien qu’il n’est pas une cause en soi mais une conséquence des crises superposées qui touchent notre société. Et le pouvoir politique sait en profiter en l’instrumentalisant afin de nous diviser, toujours sur fond de lutte des classes. Car oui, s’il n’y a pas un complot chinois, comme l’affirment les génies du trumpisme, il y a quand même un conflit de classe, les amis.

Une offensive violente menée par la bourgeoisie, bien conscience d’elle-même et de la nécessité de diviser les classes dominées – prolétariat, classes populaires, “sans-dents”, bref les gens qui ne décident ni de leur sort ni de celui de leur pays. Bon, c’est pas non plus un Holocauste comme l’a godwiné Monique, attention, c’est plus doux. On le voit : le confinement, et a fortiori le virus, entraîne une accentuation et une accumulation  des inégalités. Tout le monde n’en souffre pas de la même façon : politiquement, économiquement et culturellement. 

Hold-Up Bande-annonce - film documentaire - YouTube

Cette situation est-elle consciencieusement orchestrée, bordel de chiotte ?! Sur ce point, il est essentiel d’affirmer que non. Si les pouvoirs politiques internationaux se servent du Covid, l’instrumentalise à des fins de consolidation, ils n’en sont évidemment pas à l’origine.


Il s’agit d’une émergence : une dynamique complexe de facteurs biologiques, politiques, économiques, non contrôlés par une poignée de cinquantenaires blancs illuminatis en cagoule lors d’un rituel satanique. Ce qu’on peut avancer, par contre, c’est que le capitalisme est le grand gagnant dans l’histoire. Dans La stratégie du choc, Naomi Klein parle de « capitalisme de catastrophe ». Excluant l’idée complotiste que les dirigeants organisent eux-mêmes les catastrophes (tsunamis, guerres, épidémies), le pouvoir politique en tire cependant toujours profit. En effet, face à ces situations complexes et exceptionnelles contre lesquelles les organismes publics sont dépassés, le marché s’impose vite et facilement comme le grand sauveur. Les gagnants du confinement sont aujourd’hui les géants du numérique :: les GAFAM. Amazon et Netflix s’en tirent bien mieux que la Fleur qui Pousse et l’Eldo’, on vous fait pas un dessin.

Concluons l’affaire

Le capitalisme se nourrit des crises, il en a besoin pour se renouveler, se renforcer. La crise économique qui vient, semble-t-il, pourrait finir de nous enterrer, et pourra compter sur l’aide précieuse qui lui offrira le droit du travail version El Khomri. Le coronavirus tue, oui, et le capitalisme l’aide bien. Le capitalisme est un virus, et il serait temps d’écouter les chercheurs en Sciences Humaines et Sociales sur cette question autant que les épidémiologistes dépolitisants. Les leçons de l’histoire, les apports de la sociologie, les outils de la philosophie et l’ouverture de l’anthropologie sont autant de clés pour ouvrir les portes d’une analyse complexe de la situation, pour débusquer les vrais responsables et éviter les dérives complotistes qui servent in fine les intérêts des dominants, morbides et méprisants paternalistes martelant que “ceux qui ne sont rien” ne pourraient comprendre les tenants et les aboutissants de différentes crises superposées.

1 commentaire pour “Le virus politique”

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